tel. +33 6 61 71 37 73
benjamin.enon@orange.fr

To be or Annot to be / 2009 / 07min 38s

Session foux / 2009 / 06min 06s

Calendrier 2008 /


... en attente de l'autorisation des modèles ...


Wana(s)ka(te) / 2008 / 02min 18s

Flies /

Champion du monde /

Miami, novembre 2006, l'équipe TWINS remporte le championnat du monde de Mumm30    



Sans-titre /

Me réveiller.
Le réveil est toujours un moment que je trouve intéressant. Après généralement de longues heures de repos, je me remets à bouger. Je découvre le jour, beau ou mauvais mais plus généralement beau, dans lequel je dois m’atteler à la tâche qui est la mienne: travailler en tant qu’artiste.

Réfléchir assis devant mon petit-déjeuner.
Qu’il soit tôt ou qu’il soit une heure déjà avancée de la journée, je répète ces gestes à l’identique chaque matin: mettre deux tartines dans le grille-pain / remplir une tasse d’eau et la faire chauffer au micro-ondes / préparer mon sachet de thé, le sucre, le pot de Nutella / me servir un verre de jus de fruits multi vitaminé / sortir un yaourt aux fruits du frigo / «cling!» retirer la tasse du micro-onde, mettre le sachet de thé, verser le sucre et remuer le tout / «plonk!» retirer les tartines du grille-pain, les tartiner de Nutella / emmener le tout sur ma table - m’installer et petit-déjeuner.
Pendant tout ce temps, mon esprit vague vogue  divague dans quelques pensées lointaines qui pourraient un jour se révéler primordiales à la réalisation de quelque chose, voir d’une production artistique.

Réfléchir sur le trône.
C’est un passage systématique, pendant lequel, peut-être pour ne pas me laisser submerger par quelques odeurs nauséabondes, mon esprit continue son libre chemin.

Me regarder dans la glace.
Je redécouvre chaque matin un personnage. Il n’est pas facile à décrire, mis à part le fait qu’il n’est jamais très réveillé, il peut parfois paraître éveillé. C’est le même personnage tous les jours, moi, Benjamin Enon. Parfois j’ai l’air d’un vainqueur, et parfois je ferai mieux de me recoucher - chose que je fais probablement.

Lire mon horoscope.
Personne ne croît à l’horoscope, même pas moi. Et encore moins à celui qui paraît dans un journal gratuit distribué aux entrées de métro. Mais tout le monde le lis, même moi. Bon ou mauvais présage quant à l’aventure que va être ma journée ? Je m’en contre fou, mais l’idée que ce qui va m’arriver est déjà écrit m’amuse au moins le temps de le lire.

Faire le ménage.
Voilà une activité physique qui me met en jambe. Peut-être nécessaire pour me sentir bien dans mon environnement ; ou peut-être pour retarder le moment où je devrais me mettre à travailler. Nécessaire dans tous les cas pour pouvoir remarquer et accorder plus d’attention aux petites choses qui constituent mon environnement matériel.

Écouter la radio dans ma voiture.
L’annonce d’un événement heureux, mais plus souvent malheureux, qui peut m’ affecter, saisis par l’intermédiaire de mes deux oreilles contribue à la perception dont je peux avoir du Monde. C’est ce cumul d’informations qui peut influer, ou non, sur ma volonté de produire quelque chose en conséquence, ou non.

Aller à l’École.
Ces cinq dernières années, cette action a bien sûr contribué à une certaine production qui est la mienne.
C’est le seul environnement artistique que j’ai fréquenté de manière plutôt régulière. Même si j’ai parfois été réticent à me rendre dans ce lieu qui peut se révéler être d’une mollesse déconcertante. J’y ai aussi trouvé matière à sujet, ainsi que la possibilité d’y confronter mes idées auprès d’un public systématiquement présent sans que je n’ai eu à développer quelques stratégies et outils de communication.

Regarder les gens.
Si l’on regarde les gens avec un seul de nos deux yeux (pour ceux qui ont leurs deux yeux bien évidemment), nous repassons dans une perception en deux dimensions. À partir de là, je peux considérer chaque personne comme une image. Elles disent des choses, de par leur beauté, leur laideur  et plein d’autres choses encore. C’est au milieu d’elles que j’existe.
Quelle image je suis?

Faire des photos.
C’est quelque chose que je fais plutôt rarement. Mais ce qui me plaît dans cette action, c’est qu’à chaque fois je me demande « quel peut être l’intérêt de faire cette image ? » Le seul moment où j’en tire une réponse concrète et finalement simple, c’est quand je regarde mes photos de vacances. J’étais là, la preuve...

Voir une exposition.
Le plus souvent, c’est quand je monte à Paris. J’aime cette sensation ; me retrouver au milieu de choses que j’ai décidé d’aller voir, parce que ça doit valoir le coup. De plus, si un jour je dois avoir un public, il faut bien que je m’efforce d’être le public d’autres, qui ont certainement galéré pour que je puisse venir les voir.

Faire de la peinture.
C’est véritablement faire. «Mettre la main à la pâte». Il m’est nécessaire de lâcher mes appareils technologiques, et de faire « autrement » qu’en utilisant un seul doigt pour créer... des images.
Entre-nous soit dit, il n’y a probablement que dieu qui (si l’on décide de croire à son existence) peut créer avec un doigt. Moi, je ne fais que capturer.

Écouter Nicolas Sarkozy parler à la télévision.
[…]

Regarder des émissions de télévisions (surtout de télé-réalité).
Elles m’offrent des éléments de comparaison avec la vie que je peux mener. Et plein d’autres choses encore. Mais pas que ça. Ça m’a permis de développer tout un travail comparatif – justement -  pour essayer de soulever certaines questions qui me semblent importantes quant à la notion de travail.


Appeler mon frère, David.
Émetteur   ->      message      ->         Récepteur
   Moi        contenant  parfois  des           Lui
                 problématiques d’ordre
                           artistique
           
                         \ Feedback /


Faire des films avec mes amis.
Vidéos de surf, de snowboard, d’escalade, de vacances ou encore des vidéos avec un caractère peut-être plus artistique ou encore, plus intellectuel, tous les prétextes sont bons pour m’exercer.

Jouer à l’Euromillion.
Une action tellement facile à accomplir qui permet d’accéder au rêve de la vie facile.

Et voir que j’ai perdu.
Je retourne à mes activités.

Boire l’apéritif avec un/une ami(e).
Rien de plus spontanée et de plus passionnée qu’une bonne conversation de comptoir pour parler de la société dans laquelle je vie ; de mes soucis liés à l’environnement  si particulier et si dur qu’est celui de la jeune bourgeoisie pourri-gâtée à laquelle j’appartiens. Tout ceci à un niveau certe pas très profond, mais quand-même… « No Futur ! » Comme ils disaient.

Manger chez Papa et Maman.
Voilà deux personnes avec qui une discussion ayant pour sujet les arts plastiques n’est pas forcément des plus faciles. Mais cela me permet de confronter une fois de plus mes ambitions à celles d’une génération passée. « To be or not to be. That is the question… »

Regarder des bons films.
C’est une activité qui provoque chez moi des questions, des sensations fortes parfois.

Regarder des moins bons films.
C’est une activité qui provoque chez moi des questions, des sensations fortes parfois.

Essayer de lire un livre.
Ce qui me plaît dans la lecture, c’est le temps que je mets à m’investir dans ce qui est écrit. Parfois je mets tellement longtemps que le sommeil me rattrape. Généralement, c’est signe que ça devient chiant. J’ai du mal à persévérer, parce que je sais qu’il me faudra justement un certain temps avant d’en sortir.

Dormir.
C’est une non-action dans laquelle tellement de choses peuvent se produire. Et c’est aussi un moyen de prolonger, ou de récupérer des émotions fortes. Ça permet aussi de faire passez plus vites les mauvaises journées ; en espérant en commencer une qui s’annonce un peu meilleure demain.

Mon travail en tant qu'artiste / 2006 / 14min 24s

Portrait de l’artiste en travailleur - Métamorphose de capitalisme /

L’activité de création est-elle à proprement parler un travail ?

     Relevés et citations :

L’activité de création est-elle à proprement parler un travail, auquel cas ses processus et ses modes d’organisation économique et sociale seraient transposable à d’autres mondes de production ? Ou bien relève-t-elle de conditions si exotiques qu’il faudrait la considérer comme un ailleurs du travail, voire comme son envers ? On serait tenté de répondre que les activités de création et d’innovation n’ont que peu de points communs avec le travail entendu comme une dépense rémunérée d’énergie à des fins d’entretien de soi et des siens, comme ce calcul incessant des plaisirs et des peines qui conduit à la mise en marché des forces productives détenues par chacun.

L’activité artistique ne suscite-t-elle pas après tout, dans bien des cas, une fascination narquoise où se mêlent l’attrait pour un espace professionnel de liberté et d’autodétermination, et le soupçon de frivolité, d’improductivité contre ce qui s’apparente davantage au jeu qu’au travail ?

« classe créative »

L’hypothèse de départ est que, non seulement les activités de création artistique ne sont pas ou plus l’envers du travail, mais qu’elles sont au contraire de plus en plus revendiquées comme l’expression la plus avancée des nouveaux modes de production et des nouvelles relations d’emploi engendrés par les mutations récentes du capitalisme.

Une figure exemplaire du nouveau travailleur

C’est dans les paradoxes du travail artistique que se révèlent quelques-unes des mutations les plus significatives du travail et des systèmes d’emploi modernes : fort degré d’engagement dans l’activité, autonomie élevée dans le travail, flexibilité acceptée voire revendiquée, arbitrages risqués entre gains matériels et gratifications souvent non monétaire, exploitation stratégique des manifestations inégalitaires du talent…

Le travail artistique est conçu comme le modèle du travail non aliéné par lequel le sujet s’accomplit dans la plénitude de sa liberté en exprimant les forces qui font l’essence de son humanité.

Pour Marx, dans une société post-capitaliste, l’activité créatrice ne serait plus le fait d’une catégorie particulière de travailleurs spécialisés dans l’art, mais trouverait sa place dans la gamme des activités habituelles de chacun,
Et bénéficierait à la communauté sociale plutôt qu’à la réputation et à la réussite économique de tel ou tel.

Argumentation produite dès l’entre-deux-guerres par Adorno, Horkheimer et l’École de Francfort : pour eux, l’art véritable est par essence rebelle à toute domestication par le marché et le pouvoir des institutions, mais sa production l’inscrit de fait dans le jeu social et économique de nos sociétés, où, au mieux, il protestera contre les forces assujetissantes du marché, ne serait-ce qu’en les retournant contre elles-mêmes.

Le développement de l’administration de l’art et sa professionnalisation apparaissent à Adorno comme deux des leviers les plus sûrs de sa neutralisation.
Mieux, alors que les sociétés occidentales tentent de juguler les crises économiques et les conflits sociaux en généralisant l’organisation bureaucratique, technocratique et planificatrice des activités humaines, le développement de la consommation artistique, à laquelle la société assigne des fonctions de divertissement, de jouissance individuelle, devient l’un des véhicules idéologiques de la domination. Et si le conservatisme des auditeurs et des spectateurs dominés par les habitudes de consommation et manipulés par les industries culturelles a confiner les créateurs progressistes dans un douloureux isolement social, leur marginalité paraît suffisamment dangereuse à la société bourgeoise pour qu’elle cherche à en neutraliser les effets en absorbant la création dans la sphère de l’administration culturelle.

Quand il veut expliquer le curieux basculement de la bourgeoisie dans l’ivresse des plaisirs, Bell n’est pas loin, en effet, de la conception durkheimienne de l’individu comme être double, travaillé par des désirs et une imagination sans frein, et qui, simultanément, dépend de la collectivité et de ses pouvoirs de contrainte pour garantir sa survie.

Idolâtrie du moi, culte de la rébellion, antimorale de la libération personnelle, recherche de l’impulsion comme mode de conduite, et finalement, « institutionnalisation de l’envie » de chacun à l’égard de tous, voilà selon Bell, le destin de la société bourgeoise minée par le triomphe du principe individualiste, dont l’artiste est l’incarnation la plus accomplie et dont le culte de l’anti-conservatisme est un ressort infaillible.

L’artiste novateur peut prétendre mener contre l’ordre établi le même combat révolutionnaire que les classes dominées contre l’ordre bourgeois. Mais la question sera de savoir quelle est l’efficacité extra-artistique de cette radicalité esthétique. La société bourgeoise n’a-t-elle pas su, en effet, s’accommoder progressivement des contestations culturelles et artistiques de sa domination sociale, et ne l’a-t-elle pas fait de plus en plus aisément à mesure que les innovations critiques ou provocatrices se sont multipliées, au point d’élever les artistes contestataires au rang de héros des temples modernes, musées, cimaises d’expositions publiques, salles de concert, festivals, ect. ?

Le principe d’originalité enjoint à chaque artiste de se différencier obstinément de tous les autres, mais cette injonction ne débouche-t-elle pas sur un système de concurrence qui ressemble à s’y méprendre à celui qu’à inventé l’organisation capitaliste des marchés, avec sa recherche perpétuelle du profit par l’innovation et par les avantages monopolistiques temporaires qu’elle procure ?

Nous dirons d’abord que la singularité de la sphère artistique est de conjuguer les orientations les plus contradictoires. Quel secteur d’activité est plus obsessionnellement livré à l’innovation – qu’elle soit éphémère, alignée sur les modes ou, à l’inverse, de longue portée, admirée et interprétée pendant des décennies ou des siècles -, mais aussi plus hanté par la conservation de tout ce qui s’y produit, dans des institutions muséales, des bibliothèques monumentales, des collections personnelles et des connaissances, des compétences et des tours de mains transmis de génération en génération ? Où trouvera-t-on une recherche aussi ouvertement spéculative du talent, soutenue par une surproduction stratégique d’œuvres lancées comme autant de fusées vers le ciel incertain de la critique et du public, à grands renforts de hit-parades sans équivalent dans le monde de la consommation ordinaire, puisqu’ils recourent à cette sorte de publicité supérieure qu’est la mise en chiffres et en spectacle des préférences des consommateurs, à des fins d’entraînement et d’information sur la désirabilité des biens, dans l’océan des nouveautés ? Où trouvera-t-on une sélection aussi concurrentielle des talents les plus estimables ou les plus vendeurs organisée en rites agonistiques (en cela comparable aux épreuves sportives) mais dont les critères évaluatifs sont imparfaits, non strictement codifiables et aisément suspectés : les concours d’interprètes classiques, les tournois éliminatoires de l’accès au vedettariat télévisuel, ou les prix littéraires, dont on dresse année après année l’irrésistible poussée congestive, dont on chronique les résultats probables, possibles puis certains selon un rituel tout aussi établit, mêlant suspense orchestré et imprécations accusatoires, et dont on rappelle, ironiquement, qu’ils mettent aux prises un nombre de concurrents dont le nombre s’accroît grosso modo en proportion inverse du nombre de lecteurs potentiels ? Où donc verra-t-on fonctionner avec autant de précision un marché du talent arrimé à une aussi parfaite structure de loterie, dont l’impudeur concurrentielle se lit dans une étrange boucle causale (plus les participants sont nombreux, plus le lot du vainqueur est gros, plus le nombre de candidats s’élève) ? Où trouvera-t-on célébrée aussi ouvertement la conversion en valeur financière, à la corbeille des enchères publiques, d’un travail dont la teneur créative est le résultats de motivations intrinsèques (d’expression, d’accomplissement de soi, etc.) bien plus que motivations extrinsèques (gains, prestige, honneur) ? Mais aussi, où trouvera-t-on tolérées, voire fêtées, d’aussi fortes inégalités de réussite professionnelle, et où verra-t-on agir des formes aussi sophistiquées de couverture individuelle et collective du risque, mêlant dispositifs assurantiels, sacrifices pécuniaires, pratiques de multiactivité et forme de mutualisation des risques ?

Association de l’individualisme et du risque.

Entre deux artistes de formation identique, détenteurs de ressources sociales, économiques et culturelles comparables, l’un peut réussir infiniment plus brillamment que l’autre. La cause habituellement désignée pour expliquer la différence est connue : le talent.

La création artistique […] se meut dans un espace de production-consommation à destination d’un public potentiellement illimité.

L’œuvre d’art en laquelle s’incarne une invention créatrice est un bien de consommation finale.

Comment l’individualité souverainement affirmée dans les créations artistiques accède-t-elle à l’universalité ?

Hit-parades musicaux, listes des meilleures ventes de livres, chronique des rémunérations et des cotes des stars du cinéma et de la chanson, rituels des prix littéraires, bourse des valeurs et chronique des prix records aux enchères dans les arts plastiques, enquêtes incessantes sur les gros salaires des médias, etc. L’appareil de mesure des talents et de leur tarifications fournit, sous l’apparence indolore et excitante  d’une piste aux étoiles, l’apologie la plus étonnante de la concurrence interindividuelle.

Ce travailleur talentueux peut apporter à la réussite du groupe …
S’ils sont économiquement marginalisés, c’est, à leurs yeux, parce que la demande est globalement trop faible, ou, autre manifestation du même dysfonctionnement de la société, parce que les préférences des consommateurs, façonnées par les forces du marché et par les inégalités fondant les sociétés de classe, se fixent un nombre désespérément limité d’œuvres et d’artistes.

« Dès qu’il est en âge de réflexion, chacun comprend aisément que pour lui, il est trop tard et que les jeux sont faits. Il est enfermé dans sa condition. Son mérite lui permet peut-être de l’améliorer, mais non point d’en sortir. Il ne lui fait pas changer radicalement de niveau de vie. D’où naît la nostalgie des chemins de traverse, de solutions immédiates qui offrent la perspective d’une réussite soudaine, même relative. Il faut bien la demander au sort puisque le labeur et la qualification sont impuissants à la procurer. » R.Caillois, les Jeux et les hommes

Les innovations artistiques qui demain cristalliseront étonnement, admiration ou polémique dans tel ou tel art, ne sont pas prévisible, mais celles qui adviendront et s’imposeront passeront pour inévitables autant que surprenantes.

Comme le révèlent les phases d’expansion soutenue des mondes de l’art et des industries de loisir et de divertissement, l’intensité de la concurrence accroît la recherche et la production d’innovations diversement originales en exploitant et en stimulant la demande de nouveauté du consommateur.

Le travail, dans les sociétés qui parient sur la connaissance créative, est réputé s’inscrire dans une équation magique : flexibilité-créativité-responsabilité-sécurisation des trajectoires.

__________

Interdisciplinarité /

    Aujourd’hui, les jeunes générations d’artistes développent une production dans laquelle ils font intervenir plusieurs média, notamment dans les installations, qui outre le domaine de la sculpture, intègrent souvent les « nouveaux média ». Mais on trouve aussi des productions qui, comme les Bescher, sont ancrés dans l’utilisation d’un seul et unique medium, mais qui pourtant, en repoussent les frontières (je fais allusion à leur « prix de la sculpture », obtenu à la biennale de Venise) ; ou encore Matthew Barney, qui, avec ses Cremaster, vient jouer avec les différents domaines artistiques (vidéo, sculpture, cinéma, performance, mais aussi, le domaine du musée).
C’est avec cette pratique que l’on aurait tendance à parler d’interdisciplinarité.

L’interdisciplinarité amène la notion de limite, de frontière entre deux ou plusieurs disciplnes.
L’inter nécessite aupréalable et au minimum, du pré-existant. Sans disciplines constituées et mutuellement reconnues, il me semble difficile de pouvoir parler d’interdisciplinarité.
Prenons comme exemple le mot « international », qui peut exister à partir du fait que plusieurs nations bien distinctes (notamment par les frontières) existent.
C’est l’association de groupes, d’éléments bien définis avec chacun leurs critères que naît un groupe plus globlal, plus  inter.
Si l’on considère chaque discipline dans un cadre (délimité par des frontières), « l’entre-deux », ou l’inter pourrait être la frontière sur laquelle l’on devrait pouvoir se situer ; une sorte de « nomans’ land (référence direct à la notion d’éffrangement décrite par Adorno). Chaque discipline aurait, dans ce cas, une frontière commune à une ou des autres. Ou encore, que chaque discipline pourrait aller jusqu’à déborder sur une autre. Cela voudrait signifier que la peinture (par exemple), avec tous les critères qui la définissent, peuvent interagir avec d’autres domaines, comme celui de la photos, de la vidéo, du cinéma, et tout autre medium plastique. Il me semble qu’il s’agit ici plus d’un « flirt », déjà envisager dans l’histoire de l’art depuis bien longtemps.

On pourrait peut-être envisager la notion d’inter autrement, dans laquelle une notion importante semble s’imposer : la notion de mouvement.
Revenons sur mon exemple « international ». Prenons l’Allemand. L’Allemand est national ; il appartient à un territoire géographique bien délimité, à une culture, une histoire, bien propre à lui-même. Si maintenant cet Allemand est amené à se déplacer dans un autre lieux que l’Allemagne, avec une autre culture, une autre histoire, le côté international prend forme. Il y a eu déplacement, et confrontation à une/des différences.
Il me semble que l’on peut adapter ce raisonnement très simple mais concret, aux domaines des arts plastiques.
L’interdisciplinarité suppose un dialogue et un échange entre deux ou plusieurs disciplines. Un déplacement, donc un mouvement doit apparaître, pour amener à se faire confronter les deux ou plusieurs disciplines.
L’artiste est un « médium » capable d’effectuer ce déplacement entre les pratiques (avec toute leur histoire, même s’il en vient à créer un emploi totalement nouveau d’un / des média utilisés) qu’il met en relation.
On pourra alors dire que sa production artistique relève de l’interdisciplinarité, mais l’artiste reste le seul « médium », « moyen » de cette opération.

addap / 2005 / 04min 25s

le contemporain
de qu(o)i
?

On peut lire dans le dictionnaire


contemporain : adj. qui est du même temps.//
              Qui est de notre temps.


   Cette définition impose une notion que je vais intituler « contemporain-obligé ».
Effectivement, cela impose le fait que je suis le contemporain-obligé de tout ceux qui sont vivants aujourd’hui, qui vivent les mêmes choses en temp réel (en écartant le rapport aux fuseaux horaires).
Pourtant il semblerait que j’aspire à me rapprocher plus de tel type de pensée, voir de telle personnalité. Cela impose donc que je me positionne intellectuellement, voir affectivement, dans le monde qui m’entoure.

De qui suis-je le contemporain-obligé ? Qui m’impose son poids sur mes épaules ? Et d’un autre côté, sur quelles épaules est- ce que je m’appuie pour me surélever ?

   Je parle de contemporain-obligé, et la première chose dont nous sommes obligatoirement le contemporain, justement, c’est la société dans laquelle nous évoluons. Ainsi, je suis le contemporain de la société capitaliste néo-libérale occidentale, et plus précisement française, même si nous sommes à l’heure de la mondialisation, de l’information et de la communication instantanée.
   De qui suis-je le contemporain-obligé ? Basé sur un mode de classification, d’identification provenant de la mercatique, cela permet de nous regrouper; de nous assimiler. Comme tous les jeunes de ma génération, je ferai donc parti de la «génération Steevy». Steevy, figure incontournable de la télé réalité, sorti tout droit de Loft Story. Pourquoi nous a-t-on assimilé à ce blondiné éféminé qui pleure dès que quelqu’un a le malheur d’ouvrir la bouche pour dire je ne sais quoi d’apparamment émotif ? Je suis dans l’incapacité d’y répondre, mais c’est justement ce qui me permet de justifier mon terme de contemporain-obligé.
Je parlais de mondialisation, parce que l’on peut  étendre ce principe à la jeunesse mondiale, avec d’autres personnes de qui nous sommes le contemporain-obligé, à savoir par exemple, la chanteuse de pop Britney Spears. Peut-être parce qu’elle représente un idéal de la jeunesse : sexy mais puritaine, plastiquement pas trop mal; elle en voit des vertes et des pas mûres, mais elle résiste; elle est un produit marketing, mais pas complètement puisqu’elle écrit elle-même ses chansons, etc...
   Nous sommes les contemporains-obligés des nouveaux idéaux, ou plutôt des nouvelles idoles qui nous entourent. On ne choisit pas, on nous matraque complètement; parce qu’elles sont effectivement les étendards de cette société capitaliste contemporaine. On nous impose cette contemporanéïté par assimilation.
Heureusement, ce n’est pas la dictature, et nous avons encore la possibilité (une vraie liberté) de se positionner comme l’on souhaite par rapport à notre société -parce qu’elle est démocratique- et par rapport aux différents idéaux qui peuvent exister. Encore faut-il ôser se positionner, ce qui impose de s’intéresser, de défendre, de critiquer,... d’avancer, de prendre des risques.
C’est là, je pense qu’il est alors question d’affinités personnelles.
On peut s’estimer contemporain de quelqu’un ou de quelquechose sans pour autant s’imposer de façon prétentieuse. On décide de s’appuyer sur ce que représente ce quelqu’un ou ce quelquechose (auquel l’on adhère ou que l’on réfute -en tous cas que l’on prend en considération). On aspire à le dépasser. Cela ne veut pas dire nécessairement de faire mieux, mais on peut comparer ça à une échelle, qui vas nous permettre de passer par dessus le mur afin d’aller se perdre dans le champs.
Parce que j’adhère à certaines pensées de Pierre Bourdieu; au travail qu’il a éxecuté, et à sa volonté de faire pour les gens, je prétends à être son contemporain. Je prends des choses dans tout ça, qui participent à la conception de ma propre pensée et de mon positionnement dans mon domaine d’intervention, qui à priori se trouve être celui de l’art.
   
Il a écrit : « un rôle irremplaçable: donner de la force symbolique aux idées(...) donner une forme visible et sensible aux conséquences encore invisibles... »

   Il me semble que lorsque l’on étudie l’ art, on peut se poser la question de savoir si notre rôle ne se trouve pas dans cette définition... Un rôle d’une importance incroyable. Une conception de l’artiste sur  laquelle je m’appuie.
Aujourd’hui, l’artiste ne propose plus rien pour une culture à venir. Il utilise la culture. Pierre Bourdieu, bien que dans un tout autre domaine, représente un engagement dans lequel je souhaite me retrouver.
Et dans le même sens, Joseph Beuys, pour qui l’engagement politique est l’art le plus grand de tous, le plus nécessaire, considère la transformation de la société comme la plus grande oeuvre d’art.
Là encore, si l’on revient sur ce que signifie être contemporain de, on a dit que c’était se positionner en rapport à, et se positionner, me semble-t-il, c’est se situer politiquement par rapport au monde qui nous entoure.
En 1947, le philosophe Lucien Goldmann analysait trés bien le résultat, dans l’avenir, du mouvement culturel qu’il avait sous ses yeux, en écrivant dans un article intitulé « le matérialisme dialectique est-il une philosophie ?» : « ... comme le droit, l’économie, ou la religion, l’art en tant que phénomène autonome séparé des autres domaines de la vie sociale, sera amené à disparaître dans une société sans classes. »
Et en 1959, dans le 3ème numéro de l’Internationale Situationniste, Guy Ernest Debord conclut un article intitulé « Le sens du dépérissement de l’art » en écrivant:
« Nous devons aller plus loin, sans nous attacher à rien de la culture moderne (contemporaine), et non plus de sa négation. Nous ne voulons pas travailler au spectacle de la fin du monde, mais à la fin du monde du spectacle. »

Star Academy /

les candidats ont réalisé ces portraits en m'indiquant la pose à adopter   

Star Academy /

mes moires / DNAP

me[s] moires*

MOIRE [mware] n.f. - 1690; mouaire 1650; angl. mohair -> mohair 1. ANCIENNT Etoffe en poils de chèvre. -> mohair 2. (fin XVIIe) MOD. Apprêt que reçoivent certains tissus par écrasement irrégulier de leur grain (à la calandre, au cylindre). Moire à petites, à grandes ondes. °PAR EXT. Tissu d'armure, toile qui présente des parties mates et des parties brillantes par suite de cet apprêt. -> moirées. Moire de soie, de rayonne. Ruban, robe de moire. Moire antique, à grandes ondes. 3. (XIXe) LITTER. Aspect ondé, changeant, chatoyant d'une surface. "des moires de vieil or couraient le long des blés" (Zola).




"Un créateur ne fait que ce  dont il a besoin"
Gilles Deleuze


   
*


    Lors du concours d'entrée à l'école des beaux arts de Bordeaux en mai 2001, je répondais à la question suivante "l'art est-il appelé à changer le monde?" qui nous était posée à l'épreuve d'écrit par un oui plutôt décidé. Je ne savais pas encore ce que ce oui signifiait pour moi, et surtout, je n'avais que très brièvement réfléchit aux démarches adoptées ou à adopter pour effectivement changer le monde au travers de productions artistiques.

    Aujourd'hui, je vais essayer en m'appuyant sur ma production, d'analyser, puisqu'il me semble que j'adhère toujours à ce que beaucoup considéreraient comme une utopie, de quelle manière je m'investis dans cette tâche, et surtout quelle est la position qu'il me semble nécessaire que j'adopte.



*


    D'abord je vais définir l'expression "changer le monde".
Il n'est pas ici question que j'apporte quelque évolution matérielle ou même formelle que ce soit (en tous cas pour l'instant) à notre planète telle qu'elle est. J'entends peut-être plus précisément par le mot monde, les gens. Je parlerai de monde-gens; qui constitue une partie du monde dans sa globalité. Là non plus, je ne souhaite pas intervenir sur leur physique, comme peuvent l'imaginer d'autres artistes dans le rapport à la prothèse, voir à la machine. Je n'ai pas non plus la prétention de vouloir avoir quelque influence que ce soit sur leur comportement ni même sur leur psychologie.  Il s'agirait plutôt de les insérer dans la réflexion que je peux établir au cours d'un projet. Non seulement je le considère en tant que public récepteur de mon travail, mais surtout, il est acteur/performer au même titre que moi dans ce monde-lieu, cet autour dans lequel nous évoluons.
   
    A la différence du personnage politique, je ne suis pas un porte-parole. Je ne cherche pas à me mettre à la place de l'autre, ni de parler pour lui. J'essaie  d'utiliser ma subjectivité, les qualités propres à ma personnes (mon environnement physique, matériel, social, culturel et intellectuel dans lequel j'évolue), afin de confronter mon point de vue, mes idées à celles des autres. Ceci en espérant peut être que ça alimente, que ça participe ou même que ça suscite une réflexion collective sur ce que nous sommes, sur notre état actuel pour nous permettre de se pencher sur notre devenir. Il n'est pas ici question de sociologie; je n'effectue pas dans mon travail un état des lieux, qui présenterait des données concrètes, dénuées de toute émotion et donc de toute subjectivité. Je ne pense pas non plus être un documentariste, à qui l'on va demander de montrer des choses avec une apparente objectivité. Prenons comme exemple mes travaux sur l'école. Dans "Une histoire d'école, la bande annonce" (vidéo; 1min47; février 2003), je me suis intéressé au lieu dans lequel j'évolue en ce moment, avec ses espaces, ce qu'on y fait, les gens qui y sont, ceci dans le but de faire part de ma vision des choses lors d'une journée particulière qui était "la journée des portes ouvertes". Ce jours là, l'école montre son plus beau profil, à des gens qui viennent certainement avec l'éventuelle envie de l'intégrer. J'ai fait cette vidéo pour montrer l'école comme elle peut aussi être; c'est à dire des grandes salles généralement vides, où peu de vie semble s'être réellement implantée. J'ai choisi cette manière particulière de la montrer parce que ce que les gens qui venaient à "la journée portes ouvertes" pouvaient y voir était pour moi tout aussi particulier, et donc tout aussi inobjectif. Dans "Une histoire d'école, le film" (vidéo;  7min23; juin 2003), je me suis intéressé à un projet particulier alors en cours à l'école qui s'intitulait Projet d'établissement. Dans ce projet, il était question du futur de l'école, de son développement. Les professeurs ainsi que l'administration avaient constitué des commissions de réflexion auxquelles ni le personnel, ni les étudiants n'étaient conviés. Je me suis alors posé la question de la place/le rôle que j'avais dans cette école en tant qu'étudiant; et il m'a semblé nécessaire de rendre visible mon questionnement, ainsi que la démarche qui est née de celui-ci. De même, avec "How to become an artist" (vidéo; 11min47; décembre 2003), je me suis approprié la forme, l'habillage de l'émission de télé-réalité Star Académy dans le but de questionner l'enseignement que je reçois dans ce lieu où les gens se positionnent (à tort à mon avis) très loin de cette culture populaire. Pourtant, les similitudes y sont énormément présentes. Là encore, j'ai simplement voulu faire part de mon questionnement avec les moyens qui me semblaient les plus appropriés pour essayer créer une discussion, un échange. C'est là que le public à qui je destine mon travail prend toute son importance. Ce que je produit est fait pour être montré, vu, lu. Je ne crois pas en l'artiste qui travaille pour lui et pour lui seul.


[...]

How to become an artist / 2004 / 09min 01s

Ne jamais travailler /

Ne travaillez jamais sous un véhicule qui n’est supporté que par un cric.
Ne travaillez jamais par temps chaud, encore moins en plein soleil.
Ne travaillez jamais plus de 4 heures à la suite sur l’ordinateur.
Ne travaillez jamais gratuitement pour un employeur privé ou public.
Ne travaillez jamais pour eux.
Ne travaillez jamais contre vous, contre votre personnalité.
Ne travaillez jamais à la flamme près de votre équipement de rechargement.
Ne travaillez jamais le sol lorsqu’il est gelé ou recouvert de neige.
Ne travaillez jamais avec Word à partir d’un poste sur un document qui se trouve sur l’autre poste.
Ne travaillez jamais de façon trop brusque.
Ne travaillez jamais en plein écran, ce qui est le mode d’affichage par défaut des logiciels PC.
Ne travaillez jamais pour un service étranger.
Ne travaillez jamais seul dans un local.
Ne travaillez jamais plus de 10 à 15 minutes sans faire de pauses.
Ne travaillez jamais sur votre lit.
Ne travaillez jamais sans rémunération.

Dans toute carrière, le succès est au bout, mais ne travaillez jamais pour le succès.

Dernière chose : ne travaillez jamais en direct avec un photographe.



« Ne travaillez jamais », est un syntagme négatif autour d’un verbe à l’impératif employé à la 2è personne du pluriel.

On peut remarquer en rapport aux multiples phrases citées ci-dessus, que le verbe « travailler » est employé de manière intransitive à 98% des cas, et  est suivit principalement d’un complément circonstanciel de manière(ex : Ne travaillez jamais sans rémunération) ou de but(ex : Ne travaillez jamais pour eux) et parfois d’un complément circonstanciel de lieux (ex : Ne travaillez jamais sur votre lit), ou de temps (ex : Ne travaillez jamais plus de 10 à 15 minutes sans faire de poses – ici le CCT est précédé d’un comparatif de supériorité).

On peut voir que c’est surtout la manière de travailler qui est énoncée, voir conseillée.

Dans notre liste, le verbe « travailler » est employé une seule fois en tant que verbe transitif : Ne travaillez jamais le sol lorsqu’il est gelé ou recouvert de neige. Le verbe « travailler » est suivi du complément d’objet direct « le sol ».
Il y a l’idée de travailler directement quelque chose, une matière.
Il y a l’idée d’une manipulation.

 « Ne travaillez jamais » suivie d’un complément est une forme négative qui renvoie toujours à une interdiction.

Il existe dans ce cas de négation, toujours son pendant positif.
Par exemple :    Ne travaillez jamais seul / Travaillez en groupe
                        Ne travaillez jamais pour eux / Travaillez pour moi
                        Etc…

Aussi, de notre liste, nous pouvons établir une règle positive de par les compléments : on peut dire que le « travail » constitue un élément cadre.




Guy Ernest Debord a écrit en 1953 sur le mur de la rue de Seyne à Paris : « Ne travaillez jamais. »


Ici, pas de complément.

Spelregels / 2004 / 05min 41s

Un film exquis / 2003 / 08min 03s

Britney - Johns /

Une histoire d'école_le film / 2003 / 07min 12s

     

Une histoire d'école /



Une histoire d'école _ la bande-annonce / 2002 / 01min 41s

      

gapcool - essai /

tic tic tique / 2003 / 00min 55s

A bout de souffle / 2003 / 01min 43s

autofilmage / 2002 / 00min 39s

Autoportrait /

Autoportrait /

Autoportrait /

Une composante incontournable du paysage audiovisuel français / 2002 / 05min 04