Aujourd’hui, les jeunes générations d’artistes développent une production dans laquelle ils font intervenir plusieurs média, notamment dans les installations, qui outre le domaine de la sculpture, intègrent souvent les « nouveaux média ». Mais on trouve aussi des productions qui, comme les Bescher, sont ancrés dans l’utilisation d’un seul et unique medium, mais qui pourtant, en repoussent les frontières (je fais allusion à leur « prix de la sculpture », obtenu à la biennale de Venise) ; ou encore Matthew Barney, qui, avec ses Cremaster, vient jouer avec les différents domaines artistiques (vidéo, sculpture, cinéma, performance, mais aussi, le domaine du musée).
C’est avec cette pratique que l’on aurait tendance à parler d’interdisciplinarité.
L’interdisciplinarité amène la notion de limite, de frontière entre deux ou plusieurs disciplnes.
L’inter nécessite aupréalable et au minimum, du pré-existant. Sans disciplines constituées et mutuellement reconnues, il me semble difficile de pouvoir parler d’interdisciplinarité.
Prenons comme exemple le mot « international », qui peut exister à partir du fait que plusieurs nations bien distinctes (notamment par les frontières) existent.
C’est l’association de groupes, d’éléments bien définis avec chacun leurs critères que naît un groupe plus globlal, plus inter.
Si l’on considère chaque discipline dans un cadre (délimité par des frontières), « l’entre-deux », ou l’inter pourrait être la frontière sur laquelle l’on devrait pouvoir se situer ; une sorte de « nomans’ land (référence direct à la notion d’éffrangement décrite par Adorno). Chaque discipline aurait, dans ce cas, une frontière commune à une ou des autres. Ou encore, que chaque discipline pourrait aller jusqu’à déborder sur une autre. Cela voudrait signifier que la peinture (par exemple), avec tous les critères qui la définissent, peuvent interagir avec d’autres domaines, comme celui de la photos, de la vidéo, du cinéma, et tout autre medium plastique. Il me semble qu’il s’agit ici plus d’un « flirt », déjà envisager dans l’histoire de l’art depuis bien longtemps.
On pourrait peut-être envisager la notion d’inter autrement, dans laquelle une notion importante semble s’imposer : la notion de mouvement.
Revenons sur mon exemple « international ». Prenons l’Allemand. L’Allemand est national ; il appartient à un territoire géographique bien délimité, à une culture, une histoire, bien propre à lui-même. Si maintenant cet Allemand est amené à se déplacer dans un autre lieux que l’Allemagne, avec une autre culture, une autre histoire, le côté international prend forme. Il y a eu déplacement, et confrontation à une/des différences.
Il me semble que l’on peut adapter ce raisonnement très simple mais concret, aux domaines des arts plastiques.
L’interdisciplinarité suppose un dialogue et un échange entre deux ou plusieurs disciplines. Un déplacement, donc un mouvement doit apparaître, pour amener à se faire confronter les deux ou plusieurs disciplines.
L’artiste est un « médium » capable d’effectuer ce déplacement entre les pratiques (avec toute leur histoire, même s’il en vient à créer un emploi totalement nouveau d’un / des média utilisés) qu’il met en relation.
On pourra alors dire que sa production artistique relève de l’interdisciplinarité, mais l’artiste reste le seul « médium », « moyen » de cette opération.