me[s] moires*
MOIRE [mware] n.f. - 1690; mouaire 1650; angl. mohair -> mohair 1. ANCIENNT Etoffe en poils de chèvre. -> mohair 2. (fin XVIIe) MOD. Apprêt que reçoivent certains tissus par écrasement irrégulier de leur grain (à la calandre, au cylindre). Moire à petites, à grandes ondes. °PAR EXT. Tissu d'armure, toile qui présente des parties mates et des parties brillantes par suite de cet apprêt. -> moirées. Moire de soie, de rayonne. Ruban, robe de moire. Moire antique, à grandes ondes. 3. (XIXe) LITTER. Aspect ondé, changeant, chatoyant d'une surface. "des moires de vieil or couraient le long des blés" (Zola).
"Un créateur ne fait que ce dont il a besoin"
Gilles Deleuze
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Lors du concours d'entrée à l'école des beaux arts de Bordeaux en mai 2001, je répondais à la question suivante "l'art est-il appelé à changer le monde?" qui nous était posée à l'épreuve d'écrit par un oui plutôt décidé. Je ne savais pas encore ce que ce oui signifiait pour moi, et surtout, je n'avais que très brièvement réfléchit aux démarches adoptées ou à adopter pour effectivement changer le monde au travers de productions artistiques.
Aujourd'hui, je vais essayer en m'appuyant sur ma production, d'analyser, puisqu'il me semble que j'adhère toujours à ce que beaucoup considéreraient comme une utopie, de quelle manière je m'investis dans cette tâche, et surtout quelle est la position qu'il me semble nécessaire que j'adopte.
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D'abord je vais définir l'expression "changer le monde".
Il n'est pas ici question que j'apporte quelque évolution matérielle ou même formelle que ce soit (en tous cas pour l'instant) à notre planète telle qu'elle est. J'entends peut-être plus précisément par le mot monde, les gens. Je parlerai de monde-gens; qui constitue une partie du monde dans sa globalité. Là non plus, je ne souhaite pas intervenir sur leur physique, comme peuvent l'imaginer d'autres artistes dans le rapport à la prothèse, voir à la machine. Je n'ai pas non plus la prétention de vouloir avoir quelque influence que ce soit sur leur comportement ni même sur leur psychologie. Il s'agirait plutôt de les insérer dans la réflexion que je peux établir au cours d'un projet. Non seulement je le considère en tant que public récepteur de mon travail, mais surtout, il est acteur/performer au même titre que moi dans ce monde-lieu, cet autour dans lequel nous évoluons.
A la différence du personnage politique, je ne suis pas un porte-parole. Je ne cherche pas à me mettre à la place de l'autre, ni de parler pour lui. J'essaie d'utiliser ma subjectivité, les qualités propres à ma personnes (mon environnement physique, matériel, social, culturel et intellectuel dans lequel j'évolue), afin de confronter mon point de vue, mes idées à celles des autres. Ceci en espérant peut être que ça alimente, que ça participe ou même que ça suscite une réflexion collective sur ce que nous sommes, sur notre état actuel pour nous permettre de se pencher sur notre devenir. Il n'est pas ici question de sociologie; je n'effectue pas dans mon travail un état des lieux, qui présenterait des données concrètes, dénuées de toute émotion et donc de toute subjectivité. Je ne pense pas non plus être un documentariste, à qui l'on va demander de montrer des choses avec une apparente objectivité. Prenons comme exemple mes travaux sur l'école. Dans "Une histoire d'école, la bande annonce" (vidéo; 1min47; février 2003), je me suis intéressé au lieu dans lequel j'évolue en ce moment, avec ses espaces, ce qu'on y fait, les gens qui y sont, ceci dans le but de faire part de ma vision des choses lors d'une journée particulière qui était "la journée des portes ouvertes". Ce jours là, l'école montre son plus beau profil, à des gens qui viennent certainement avec l'éventuelle envie de l'intégrer. J'ai fait cette vidéo pour montrer l'école comme elle peut aussi être; c'est à dire des grandes salles généralement vides, où peu de vie semble s'être réellement implantée. J'ai choisi cette manière particulière de la montrer parce que ce que les gens qui venaient à "la journée portes ouvertes" pouvaient y voir était pour moi tout aussi particulier, et donc tout aussi inobjectif. Dans "Une histoire d'école, le film" (vidéo; 7min23; juin 2003), je me suis intéressé à un projet particulier alors en cours à l'école qui s'intitulait Projet d'établissement. Dans ce projet, il était question du futur de l'école, de son développement. Les professeurs ainsi que l'administration avaient constitué des commissions de réflexion auxquelles ni le personnel, ni les étudiants n'étaient conviés. Je me suis alors posé la question de la place/le rôle que j'avais dans cette école en tant qu'étudiant; et il m'a semblé nécessaire de rendre visible mon questionnement, ainsi que la démarche qui est née de celui-ci. De même, avec "How to become an artist" (vidéo; 11min47; décembre 2003), je me suis approprié la forme, l'habillage de l'émission de télé-réalité Star Académy dans le but de questionner l'enseignement que je reçois dans ce lieu où les gens se positionnent (à tort à mon avis) très loin de cette culture populaire. Pourtant, les similitudes y sont énormément présentes. Là encore, j'ai simplement voulu faire part de mon questionnement avec les moyens qui me semblaient les plus appropriés pour essayer créer une discussion, un échange. C'est là que le public à qui je destine mon travail prend toute son importance. Ce que je produit est fait pour être montré, vu, lu. Je ne crois pas en l'artiste qui travaille pour lui et pour lui seul.
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