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le contemporain
de qu(o)i
?

On peut lire dans le dictionnaire


contemporain : adj. qui est du même temps.//
              Qui est de notre temps.


   Cette définition impose une notion que je vais intituler « contemporain-obligé ».
Effectivement, cela impose le fait que je suis le contemporain-obligé de tout ceux qui sont vivants aujourd’hui, qui vivent les mêmes choses en temp réel (en écartant le rapport aux fuseaux horaires).
Pourtant il semblerait que j’aspire à me rapprocher plus de tel type de pensée, voir de telle personnalité. Cela impose donc que je me positionne intellectuellement, voir affectivement, dans le monde qui m’entoure.

De qui suis-je le contemporain-obligé ? Qui m’impose son poids sur mes épaules ? Et d’un autre côté, sur quelles épaules est- ce que je m’appuie pour me surélever ?

   Je parle de contemporain-obligé, et la première chose dont nous sommes obligatoirement le contemporain, justement, c’est la société dans laquelle nous évoluons. Ainsi, je suis le contemporain de la société capitaliste néo-libérale occidentale, et plus précisement française, même si nous sommes à l’heure de la mondialisation, de l’information et de la communication instantanée.
   De qui suis-je le contemporain-obligé ? Basé sur un mode de classification, d’identification provenant de la mercatique, cela permet de nous regrouper; de nous assimiler. Comme tous les jeunes de ma génération, je ferai donc parti de la «génération Steevy». Steevy, figure incontournable de la télé réalité, sorti tout droit de Loft Story. Pourquoi nous a-t-on assimilé à ce blondiné éféminé qui pleure dès que quelqu’un a le malheur d’ouvrir la bouche pour dire je ne sais quoi d’apparamment émotif ? Je suis dans l’incapacité d’y répondre, mais c’est justement ce qui me permet de justifier mon terme de contemporain-obligé.
Je parlais de mondialisation, parce que l’on peut  étendre ce principe à la jeunesse mondiale, avec d’autres personnes de qui nous sommes le contemporain-obligé, à savoir par exemple, la chanteuse de pop Britney Spears. Peut-être parce qu’elle représente un idéal de la jeunesse : sexy mais puritaine, plastiquement pas trop mal; elle en voit des vertes et des pas mûres, mais elle résiste; elle est un produit marketing, mais pas complètement puisqu’elle écrit elle-même ses chansons, etc...
   Nous sommes les contemporains-obligés des nouveaux idéaux, ou plutôt des nouvelles idoles qui nous entourent. On ne choisit pas, on nous matraque complètement; parce qu’elles sont effectivement les étendards de cette société capitaliste contemporaine. On nous impose cette contemporanéïté par assimilation.
Heureusement, ce n’est pas la dictature, et nous avons encore la possibilité (une vraie liberté) de se positionner comme l’on souhaite par rapport à notre société -parce qu’elle est démocratique- et par rapport aux différents idéaux qui peuvent exister. Encore faut-il ôser se positionner, ce qui impose de s’intéresser, de défendre, de critiquer,... d’avancer, de prendre des risques.
C’est là, je pense qu’il est alors question d’affinités personnelles.
On peut s’estimer contemporain de quelqu’un ou de quelquechose sans pour autant s’imposer de façon prétentieuse. On décide de s’appuyer sur ce que représente ce quelqu’un ou ce quelquechose (auquel l’on adhère ou que l’on réfute -en tous cas que l’on prend en considération). On aspire à le dépasser. Cela ne veut pas dire nécessairement de faire mieux, mais on peut comparer ça à une échelle, qui vas nous permettre de passer par dessus le mur afin d’aller se perdre dans le champs.
Parce que j’adhère à certaines pensées de Pierre Bourdieu; au travail qu’il a éxecuté, et à sa volonté de faire pour les gens, je prétends à être son contemporain. Je prends des choses dans tout ça, qui participent à la conception de ma propre pensée et de mon positionnement dans mon domaine d’intervention, qui à priori se trouve être celui de l’art.
   
Il a écrit : « un rôle irremplaçable: donner de la force symbolique aux idées(...) donner une forme visible et sensible aux conséquences encore invisibles... »

   Il me semble que lorsque l’on étudie l’ art, on peut se poser la question de savoir si notre rôle ne se trouve pas dans cette définition... Un rôle d’une importance incroyable. Une conception de l’artiste sur  laquelle je m’appuie.
Aujourd’hui, l’artiste ne propose plus rien pour une culture à venir. Il utilise la culture. Pierre Bourdieu, bien que dans un tout autre domaine, représente un engagement dans lequel je souhaite me retrouver.
Et dans le même sens, Joseph Beuys, pour qui l’engagement politique est l’art le plus grand de tous, le plus nécessaire, considère la transformation de la société comme la plus grande oeuvre d’art.
Là encore, si l’on revient sur ce que signifie être contemporain de, on a dit que c’était se positionner en rapport à, et se positionner, me semble-t-il, c’est se situer politiquement par rapport au monde qui nous entoure.
En 1947, le philosophe Lucien Goldmann analysait trés bien le résultat, dans l’avenir, du mouvement culturel qu’il avait sous ses yeux, en écrivant dans un article intitulé « le matérialisme dialectique est-il une philosophie ?» : « ... comme le droit, l’économie, ou la religion, l’art en tant que phénomène autonome séparé des autres domaines de la vie sociale, sera amené à disparaître dans une société sans classes. »
Et en 1959, dans le 3ème numéro de l’Internationale Situationniste, Guy Ernest Debord conclut un article intitulé « Le sens du dépérissement de l’art » en écrivant:
« Nous devons aller plus loin, sans nous attacher à rien de la culture moderne (contemporaine), et non plus de sa négation. Nous ne voulons pas travailler au spectacle de la fin du monde, mais à la fin du monde du spectacle. »